France
Une Agora Moderne

European Parliament Plenary

© RossHelen via canva.com

Dans le contrat de la coalition en feu tricolore allemande, elle apparaît dès la première phrase du chapitre sur l’Europe : la conférence (citoyenne) sur l’avenir de l’Europe qui se tient depuis juin 2021. Les membres de cette coalition promettent d’en « utiliser les résultats pour entreprendre des réformes ». C’est le président français Emmanuel Macron qui est à l’origine de cette idée. Dans sa lettre adressée aux citoyens européens, il appelait, avant les élections européennes de 2019, à une « Renaissance européenne » dans l’esprit de l’humanisme. Les tendances croissantes à la division observées en France, qui a été confrontée aux manifestations des gilets jaunes depuis 2018, ont également joué un rôle dans la genèse de son idée. Emmanuel Macron y a également répondu par une série de débats publics, le « Grand Débat » national. Pour que tout le monde puisse partager ses inquiétudes et ses propositions de réforme, des conférences citoyennes et des consultations locales ont été organisées et des cahiers de doléances ont été mis à disposition dans tout le pays. Cette initiative a permis de recueillir près de 2 millions de contributions.

Dans son appel, Emmanuel Macron s’est référé au souhait de nombreuses personnes consistant à participer activement au processus politique au-delà de la démocratie représentative classique, même sans être membre d’un parti. Cette nouvelle forme de participation citoyenne, dans l’esprit d’une agora moderne, prétend ainsi lutter contre la désaffection croissante pour la politique et donner une voix à tous les citoyens. L’exemple français montre toutefois clairement ce qui peut s’avérer problématique si tout ne se déroule pas de manière optimale. Une convention thématique sur le climat (convention citoyenne pour le climat) a notamment, rassemblé 150 personnes tirées au sort. Le processus parlementaire n’a cependant repris que quelques-unes des propositions élaborées lors de l’assemblée. Ce désaveu a suscité de nombreuses frustrations et a été répercuté dans la presse. D’autres revendications centrales du Grand Débat sont restées lettre morte, par exemple l’appel à des référendums citoyens ou à une réforme des institutions.

L’idée de conférences citoyennes nationales et européennes n’aurait-elle pas avant tout pour objectif de redorer l’image de Macron, connu pour son style de direction vertical et souvent décrit comme un président déconnecté du peuple ? Dans ce contexte, la question mérite d’être posée. Le fait que Macron ait déjà fait de l’Europe un thème central de sa campagne électorale pour les élections présidentielles de 2017 plaide cependant contre cette hypothèse. Et pour sa réélection en 2022, l’originaire d’Amiens mise également sur les thématiques européennes. L’Association pour la Renaissance Européenne a été spécialement créée pour accompagner la campagne électorale de manière décentralisée dans toute la France par le biais de manifestations et de campagnes liées à l’Europe.

Macron a également joint le geste à la parole en ce qui concerne la conférence sur l’avenir de l’Europe. Contrairement à l’Allemagne, la France marque son implication en complétant les forums citoyens européens organisés par l’UE avec des dialogues citoyens nationaux dans son propre pays. Elle veille ainsi à impliquer également dans le processus les personnes qui ne s’intéressent pas aux questions européennes. En septembre, trois mois seulement après le lancement de la conférence européenne, des forums citoyens nationaux ont été mis sur pied à la vitesse de l’éclair dans 18 régions françaises, où les participants ont pu échanger sur les neuf thèmes de la conférence européenne (changement climatique et environnement, santé, économie et emploi, l’UE dans le monde, état de droit, transformation numérique, démocratie, migration, éducation et culture) et choisir leurs propres priorités.

L’un des points forts des processus de dialogue organisés par l’UE est la diversité des participants, qui offre un échantillon de milieux sociaux, de sexes, d’âges, de professions et d’origines aussi varié que représentatif. Les quatre « forums citoyens » thématiques ont été lancés après la séance plénière constitutive et se réuniront trois fois chacun jusqu’à la mi-janvier avec 200 citoyens tirés au sort. Sur ces 200 citoyens, 20 représenteront les positions et les propositions négociées dans les forums lors de l’assemblée plénière, jusqu’à ce que toutes les propositions issues des différentes conférences soient rassemblées et discutées lors d’un événement final en avril.

Malgré tous les efforts réalisés, la notoriété de la conférence auprès de l’ensemble de la population laisse encore considérablement à désirer, comme l’a montré un micro-trottoir de la Fondation Friedrich Naumann auprès de citoyens abordés au hasard à Berlin, Paris et Bruxelles. Presque personne n’avait déjà entendu parler de la conférence, pas même les étudiants en politique. Il en va de même pour la plate-forme en ligne de la conférence sur l’avenir, disponible depuis avril 2021. Les quelque 10 000 propositions qui y ont été déposées jusqu’à présent ont été principalement rédigées par des eurosceptiques ou par des europhiles qui s’occupent de l’UE à titre bénévole ou professionnel. L’ancrage dans la population est absent. En Allemagne, il n’existe pas de stratégie nationale globale pour faire connaître la conférence sur l’avenir. Contrairement à la France, il n’y a pas non plus de processus centralisé de forums citoyens avec des participants sélectionnés au hasard.

Il reste à voir quelles propositions de réformes concrètes seront traduites en politiques européennes à la fin du processus. Il appartient en tout cas au nouveau gouvernement fédéral de s’engager de toutes ses forces pour tenir un maximum de promesses démocratiques de Macron. L’Allemagne doit tendre à nouveau la main à la France pour faire aboutir les importantes réformes en matière de politique d’immigration et d’asile, de numérisation ou de politique étrangère.

 

Jeanette Süß est European Affairs Manager au sein du programme de dialogue européen de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté à Bruxelles, où elle dirige les activités françaises.

Street interviews in Brussels, Berlin and Paris: do you know what the Conference on the Future of Europe is about?

© Friedrich Naumann Foundation for Freedom