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La fin du duo au sommet de l’État

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Dakar, Senegal, Africa, March 17 2024, electoral campaign poster presenting a candidate for the presidency of the republic.

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Depuis plusieurs jours, le paysage politique sénégalais est en pleine effervescence. À l’origine de cette nouvelle dynamique figurent le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, son retour comme député à l’Assemblée nationale, puis son élection à la présidence du Parlement sénégalais.

Les deux figures de proue du parti au pouvoir PASTEF, qui s’étaient présentées unies lors de l’élection présidentielle de 2024 sous le slogan Diomaye-Sonko / Sonko-Diomaye, se sont désormais éloignées l’une de l’autre. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, qui dirigeaient conjointement le pays depuis deux ans, sont aujourd’hui divisés. Les ambitions personnelles et les jeux de pouvoir ont transformé l’unité des deux anciens leaders contestataires en une impasse politique désormais visible au grand jour.

Cette évolution politique met en lumière les tensions croissantes au sommet de l’État, notamment entre les pouvoirs exécutif et législatif. Elle révèle également un déséquilibre institutionnel et ouvre une nouvelle phase dans les rapports de force entre les différentes institutions de la République.

Une analyse des principaux fondements juridiques — Constitution, Code électoral et règlement intérieur de l’Assemblée nationale — montre en outre que les fonctions gouvernementales et le mandat parlementaire sont, en principe, incompatibles. Le Sénégal s’inscrit en effet dans une conception institutionnelle inspirée du modèle français, selon laquelle l’exercice d’une fonction gouvernementale est incompatible avec un mandat parlementaire.

Contrairement à l’Allemagne, où un ministre nommé ou démissionnaire ne perd pas automatiquement son siège au Bundestag, la Constitution sénégalaise prévoit une séparation stricte des pouvoirs. De nombreux éléments plaident ainsi davantage en faveur de l’extinction du mandat parlementaire d’Ousmane Sonko que de sa simple suspension, puisqu’il avait choisi d’exercer les fonctions de Premier ministre, renonçant de fait à son mandat de député. Son retour à l’Assemblée nationale pourrait donc être interprété comme une violation du cadre juridique en vigueur.

En décidant de révoquer son Premier ministre et ancien compagnon politique Ousmane Sonko en raison de divergences dans la conduite du gouvernement ainsi que de désaccords stratégiques sur les réformes économiques et institutionnelles, le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal clair : il souhaite mettre fin à la double direction qui existait depuis longtemps à la tête de l’État. Cette rupture marque un tournant décisif dans les relations entre les deux alliés historiques du parti PASTEF et entraîne également des conséquences importantes sur l’équilibre institutionnel de la République.

Pourtant, contrairement à ce que beaucoup anticipaient, Ousmane Sonko ne disparaît nullement de la scène politique. Bien au contraire : son retour à l’Assemblée nationale lui permet de retrouver rapidement une position centrale de pouvoir. De nombreux observateurs y voient la preuve de son influence considérable sur la majorité parlementaire ainsi que du soutien inconditionnel dont il continue de bénéficier.

Mais Sonko ne s’arrête pas à ce retour controversé au Parlement sénégalais. La démission du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, ouvre finalement la voie à son accession à la tête du Parlement. Peu après, il est élu président de l’Assemblée nationale avec une large majorité de 131 voix sur 165. Cette fonction lui confère désormais une position stratégique majeure au sein des institutions sénégalaises. En tant que président du Parlement, Sonko conserve une influence considérable sur le débat politique national ainsi que sur l’agenda législatif du pays.

Il en résulte une configuration jusqu’ici inédite dans l’histoire politique du Sénégal : un président de la République qui ne peut plus compter sur le soutien du Parlement, tandis que la majorité parlementaire ne soutient plus la ligne politique du gouvernement.

Le Sénégal entre ainsi dans une sorte de phase expérimentale de cohabitation, porteuse de risques de crise institutionnelle. Celle-ci vient s’ajouter aux difficultés économiques et sociales auxquelles le pays est confronté depuis l’arrivée au pouvoir du PASTEF. Dans le même temps, cette nouvelle répartition du pouvoir pourrait également constituer une opportunité — à condition que les deux dirigeants soient prêts à faire des compromis et à placer l’intérêt national au-dessus des rivalités personnelles. Dans ce cas, cette nouvelle configuration pourrait même contribuer au renforcement de l’équilibre démocratique et du contrôle parlementaire.

À l’inverse, une cohabitation conflictuelle, marquée par des egos surdimensionnés et de fortes ambitions de pouvoir, demeure tout aussi envisageable.

Cette crise politique intervient en outre dans un contexte économique tendu. Le Sénégal fait actuellement face à des difficultés budgétaires, à une crise de la dette, à des tensions avec ses partenaires internationaux — notamment le Fonds monétaire international (FMI) — ainsi qu’à d’importantes attentes sociales de la population.

L’évolution future de la situation politique dépendra donc largement de la manière dont se développera la relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et le nouveau président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko. Une chose est d’ores et déjà certaine : le paysage politique sénégalais traverse une profonde phase de transformation, dans laquelle les institutions de l’État joueront un rôle de plus en plus central dans la redéfinition des rapports de pouvoir.